Homo Disparitus
Publiée le 15-12-2007 par o0o0o0o0o

Il s’agit d’un ouvrage d’Alan Weisman (journaliste américain et professeur à l’université d’Arizona), publié en mai 2007, et dont le thème est un poil alléchant :
Admettons que le pire soit arrivé. Imaginons un monde dont nous aurions tous soudain disparu. Et voyons ce qu’il reste…. Ecrit en collaboration avec des scientifiques de domaines divers (botanistes, architectes, géographes, et autres experts en climatologie), il nous propose un tableau complet et bien documenté de tout ce qui se passera(it)
si nous venions à disparaître.
Hum, peut être un peu trop apocalyptique, roman où l’on risque de tomber dans la fiction pure, me direz-vous ? Pour certaines choses, oui (il propose que nous soyons tous kidnappés par des extra-terrestres pour aller peupler la partie Homo Sapiens d’un zoo, avant de proposer en fin d’ouvrage un champ de possibilités pouvant expliquer notre disparition), pour d’autres, les données sont vérifiables et appuyées sur des faits et recherches scientifiques.
Dans le désordre, j’ai apprécié la description de New York livrée à elle-même, certaines extrapolations sur l’état de la faune et de la flore avant/pendant/après notre passage sur Terre, la croustillante évocation de la dégradation des centrales nucléaires, et, au final, tant de passages de ce livre que je ne pourrais dignement en donner un aperçu exhaustif sous peine de vous le résumer entièrement.
L’intérêt de ce livre est aussi de rapporter des anecdotes et faits divers (parfois) méconnus, je cite par exemple le coyote Hal
[lien] qui a été capturé à Central Park où il était venu errer, au grand dam de la garde montée, ou encore les recherches en paléontologie de Thomas Jefferson (qui a donné par la même occasion son nom à un grand paresseux d’Amérique du Nord)
[lien].
Weisman y décrit aussi la ville de Varosha, ville fantôme abandonnée par les Chypriotes grecs au début du conflit, et dont les photos n’ont rien à envier à celles des villes fantômes américaines (
[lien] ou
[lien]), et met en parallèle la zone démilitarisée, tampon entre les deux Corées, et où la
nature commence à reprendre ses droits, en dépit des haut-parleurs qui crachent un flot régulier d’insultes sur le camp adverse.
On y (ré)apprend aussi quelles sont les matières les plus susceptibles de nous survivre, comme les nurdles de plastique que l’on retrouve en quantité astronomiques sur les plages, ou les granules des exfoliants corporels (qui sont en réalité, dans le plupart des cas, des microparticules de polyéthylène).
Que se produira-t-il le jour où les bunkers construits et aménagés afin de stocker les déchets du traitement de l’uranium et autres matériaux radioactifs, seront livrés à eux-mêmes, comme le Waste Isolation Pilot Plant (Nouveau-Mexique), ou les énormes quantités de gaz carbonique emprisonnées dans des formations salines de la Mer du Nord par des firmes comme Statoil?
Descriptions donc très riches du devenir de la Terre, vierge de toute présence humaine. Inventaire des œuvres d’art susceptibles de nous survivre, des animaux voués à une extinction du fait de notre absence, mais aussi des alternatives mises en place par certains groupuscules. J’ai découvert avec effroi
[lien], le pendant un peu plus gore et trash
[lien]; ou encore
[lien].
En bonus avec l’ouvrage, un marque-pages retrace l’évolution à venir, quelques extraits choisis :
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Deux jours après: sans son système de pompage, le métro de New York est inondé ;
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Vingt ans après : Les colonnes d’acier des tunnels new yorkais, détrempées, qui soutiennent les rues de l’East Side, rouillent et se déforment. Le canal de Panama s’est refermé, réunissant les Amériques. Les légumes de nos potagers sont revenus à l’état sauvage ;
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Cent ans après : les populations de petits prédateurs (renard, ratons laveurs, etc.) diminuent face à la concurrence du chat domestique revenu à l’état sauvage (excellent chapitre, sobrement intitulé Félix le Prédateur) ;
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250 000 ans : les niveaux de plutonium des bombes atomiques se perdent dans la radioactivité naturelle de la Terre ;
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Centaines de milliers d’années : ayant évolué, les microbes sont capables d’opérer la biodégradation du plastique ;
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5 milliards d’années au moins : le soleil agonisant se dilate et consume la Terre ainsi que les autres planètes du système ;
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Eternité : nos émissions de radio et de télévision, certes fragmentées, poursuivent leur voyage interstellaire.
Et un grand merci à

pour avoir posté ce cool-a-pix de François Baranger (
[lien]), qui m’a permis de découvrir ce livre.